El Cap à bout de Bras

In English as soon as I’m back from climbing…

Il y a deux ans, Marion Poitevin me parlait de Vanessa et de son projet d’aller au Yosemite pour grimper El Cap en me demandant si je voulais faire partie de l’équipe. Vanessa est devenue paraplégique à la suite d’un accident imprévisible dont elle a été victime en avril 2010. Un bloc de neige et glace compact lui a brisé le dos alors qu’elle grimpait en face sud de l’Aiguille du Midi. Depuis Vanessa a réappris à vivre, à s’adapter et à découvrir ce qu’elle pouvait faire malgré le handicap. Et grimper El Cap a rapidement fait partie de ses projets. Sans hésiter j’ai dit à Marion que j’étais partante, quand bien même je n’avais pas encore rencontré Vanessa. Je trouvais le projet fantastique et tellement naturel d’accompagner Vanessa en lui donnant ce que je pouvais lui donner. Petit à petit le projet de Vanessa est devenu notre projet. Nous c’est Marion Poitevin, Fabien Dugit, Nico Potard, Vanessa et moi. Cinq amis grimpeurs et résidents de la vallée de Chamonix. Et puis aussi Nicolas Hairon notre caméraman et Victor Estrangin qui s’est proposé pour assurer sa sécurité. Pendant un an et demi nous avons recherché du financement, accompagné Vanessa dans ses entrainements à l’ENSA, au Verdon, développé du matériel spécifique (sellette, système de grimpe pour Vanessa). Le “nous” est devenu un peu plus grand, les amis se sont joints ici ou là pour donner la main. Je pense à Martina Potard, à Denis Cortella, à Cyrilde, mais aussi à toutes les autres personnes qui ont donné de leur temps pendant toute cette période. Et puis finalement tout s’est accéléré et c’était déjà le départ.

photoMarion, Vanessa, moi et tout notre matériel sommes partis le samedi 28 septembre. Les garçons, Fabien, les deux Nico et Victor devaient nous rejoindre le mercredi 2 Octobre. Après avoir récupéré du voyage chez Eric à San Francisco, fait les grosses courses comme il se doit, bataillé pour obtenir un voiture adaptée pour Vanessa que l’on avait réservé mais que l’on aura pas, notre trio féminin est arrivé à El Portal, aux portes du parc du Yosemite le lundi 30 septembre. Le lendemain matin, Tim Oneill, un ami et grimpeur américain nous passe un coup de fil à l’hôtel pour nous expliquer que le parc du Yosemite va être fermé, qu’il se renseigne sur la situation mais qu’il n’a aucune idée de combien de temps cela va durer. C’est là que l’aventure commence vraiment…. :)

Vanessa et la face magique d’El Capitan le jour de l’annonce du “shutdown”

Imaginez la scène : plus de 9000 km de parcourus,  plus d’un an et demi de préparation en temps et en argent. Les garçons sont sensés prendre leur vol dans 10h, nous sommes là, à 10 min du parc du Yosemite et en une seconde tout bascule. Du coup de fil de Tim on enchaîne sur les news du web qui nous parle du “shutdown”. On poursuit les investigations, on commence à comprendre la gravité de la situation, pas seulement pour notre “petit” projet, mais pour 800 000 personnes et une économie qui impacte sur les autres économies. M… ! C’est tellement incroyable que l’on ne réalise pas vraiment. Marion, Vanessa et moi restons étonnamment calmes, imperturbables. Nous voulions monter voir El Cap alors c’est ce que l’on fait. Pas de “ranger” à l’entrée du parc, ce sera donc gratuit pour nous aujourd’hui. Presque pas de voitures en circulation. Rien à voir avec l’affluence que le Yosemite connaît normalement à cette période là.

Petite photo prise à la volée d’El Capitan

On se gare à Camp 4 le fameux “camping” des grimpeurs. C’est là que nous avions prévu de rencontrer du monde et de trouver des bras costauds pour nous aider à porter Vanessa au pied de Zodiac ainsi qu’à la descente. Ce “shutdown” tombe mal. Nous sommes mardi, les grimpeurs ont jusqu’à jeudi 15h pour partir. Après il n’y aura plus personne. Mais on ne pense pas trop à cela. Il fait bon marcher à côté de Vanessa sous les arbres, dans cette allée de terre avec ce calme qui nous entoure. Marion prend quelques photos et l’on arrive au camp des secouristes du YOSAR (Yosemite Search And Rescue). On tombe sur Ben, un “ranger”, très sympa. Comme tout le monde, il ne sait rien. Il n’a pas idée de combien de temps le “shutdown” va durer. Il nous encourage à mener notre projet comme nous l’avions prévu. Il nous dit d’y aller mais il nous demande de ne pas dire qu’il nous a dit d’y aller. Vous suivez toujours ?  Cela nous encourage et met notre baromètre intérieur du côté du positif. Parfait. De retour à l’hôtel on reprend la température des news, on discute de la situation. Les garçons ont leur vol dans quelques heures. L’idée de décaler leur départ nous effleure l’esprit mais s’évapore aussi vite. Le parc va bien ré-ouvrir rapidement ! Un dernier petit Skype à Fabien avant leur départ, un peu d’organisation et de rangement et voilà, une nouvelle journée de passée. Demain est un autre jour…
Le lendemain matin, rapide petit tour d’horizon des news, mais pas de signes annonciateurs d’une réouverture. Comme la veille, on décide d’aller prendre la température dans le parc et l’on fait la route, celle qui va devenir notre quotidien. El Portal l’entrée du parc, l’entrée du parc la boucle de la vallée du Yosemite puis retour vers la sortie du parc. Tout cela avec les yeux grands ouverts devant Leaning Tower, les Cathedrales et bien sûr El Cap… Sauf que ce matin là, le “ranger” à l’entrée du parc ne nous laisse pas rentrer  ! Là, cela se complique vraiment !

El Portal en vert, El Cap en rouge. On devine la route qui fait une boucle dans la vallée, genre suivez le sens de la visite…

Je me dis que ça va être un coup au moral pour Vanessa mais non, elle reste stoïque. Elle voit bien que ni Marion ni moi ne nous affolons donc pas la peine de perdre de l’énergie pour rien. Toutes les trois on prend les choses comme elles viennent et on ne se laisse pas dépasser. Histoire de breaker et de ne pas se retrouver dans notre chambre d’hôtel on brûle un peu d’essence pour aller jusqu’à Mariposa, premier village après El Portal où l’on peut faire des courses, se restaurer, etc.. On mange salade et tacos bios, on discute, on prend notre temps. On achète du vernis à ongle parce que ça fait partie des petits plaisirs de la vie… Retour à El Portal, emails et news, toujours rien concernant le déblocage de la situation. Les garçons ont dû poser à San Francisco, on espère qu’ils récupèrent la voiture adaptée pour Vanessa et qu’ils trouveront un endroit pour dormir sur la route après toutes ces heures de voyages.
Jeudi 3 Octobre. Cette fois tout le monde a dû quitter le parc. Grimpeurs, campeurs et tous les employés. Seuls quelques “rangers” non payés restent à l’entrée du parc et dans le parc pour expliquer que celui-ci est fermé, que l’on ne peut pas s’y arrêter, pas prendre de photos ni s’y balader ou grimper. Le YOSAR est aussi en effectif réduit mais les secouristes sont tenus de répondre aux demandes de secours. Notre hôtel aussi s’est vidé pourtant Il n’est pas à l’intérieur du parc. Il semble que tout le monde ait annulé son voyage dans les parcs Nationaux… Quelle blague !
Les Nico, Fab et Victor arrivent en tout début d’après-midi. Ils n’ont pas l’air trop fatigués. On leur explique que la veille nous n’avons pas pu rentrer dans le parc. Ils organisent une voiture avec Marion pour voir ce qu’il en est aujourd’hui et je reste avec Vanessa. Ils reviennent tout excités, ils ont pu rentrer dans la parc ! Il fait beau et frais, ça “colle”, ils ont déjà organisé la journée du lendemain avec au programme de fixer les premières longueurs. Nickel.
Vendredi 4 Octobre : le groupe composé de Marion, Fabien, Nico Potard, Victor et accompagné de Nico Hairon pour filmer se fait une première mission pour fixer les premières longueurs. Comme on ne veut pas se faire remarquer en laissant une voiture au “meadow” là où les grimpeurs se garent d’habitude je fais la navette et le rendez vous est donné pour 17h le soir. Vanessa a besoin de faire de l’exercice alors on improvise un petit truc sur le parrking de notre chambre. 16h30. Je remonte récupérer la troupe qui arrive bien fatiguée mais contente à 19h. Ils ont fixé quatre longueurs, c’est pas mal du tout.
Par contre toujours pas de signe que le parc va ouvrir… On se renseigne sur les conditions des secours alors que le parc est “officiellement” fermé ainsi que sur les conditions de notre assurance. On ne veut pas faire n’importe quoi. El Cap est là et nous aussi. Et vu la dynamique on devrait être prêts très rapidement.

Petite séance pour Vanessa. Cela fait une semaine que nous sommes partis alors un peu d’exercice ne fera pas de mal

Samedi 5 Octobre : Un peu d’action pour Marion et moi. Pas ce que je préfère le plus. Mais comme ce qui est fait n’est plus à faire, on s’attaque au portage.
L’ascension avait été prévue de la façon suivante : Nico Potard et Fabien grimperont devant et fixeront les cordes pour Marion, Vaness et moi. Marion et moi devrons gérer le hissage bien lourd de notre cordée de trois, aider Vanessa à chaque relais pour se mettre sur le portaledge et gérer un certain nombre d’autres choses. L’objectif est donc de monter au pied de Zodiac tout ce dont on va avoir besoin à trois pendant cinq à six jours. La seule chose qui pèse vraiment lourd c’est l’eau. Avec un gallon par jour et par personne on en est déjà à 70kg. Ajoutons deux portaledges, duvets, thermarest, vivres de course, réchaud, gaz et vêtements pour trois et l’on arrive facilement à 100kg. eBienvenu dans l’univers du big wall… Plus de 100 kg pour deux femmes ça va nous prendre 2 à 3 portages. Marion elle est vraiment solide et peu porter sacrément lourd. Moi c’est pas la même… Victor nous fait la dépose, le rendez-vous est donné pour la fin de journée. Comme la veille on ne veut pas se faire remarquer mais on ne se cache pas non plus. De toute façon avec ce que l’on a sur le dos on ne va pas courir. Finalement le portage va mieux et plus vite que prévu. En deux allers retours l’affaire est réglée, notre caméraman préféré nous ayant porté un peu de matos au premier voyage. Entre le premier et le deuxième portage on croise avec surprise Nico Potard et Fab. Ils nous avaient dit qu’ils voulaient se reposer et voilà qu’ils font aussi le portage pour leur cordée. Et bien, les choses avancent bien malgré le “shutdown” ! Tellement bein que Fab et Nico en profite pour fixer encore deux longueurs. Voilà les six premières longueurs sont fixées, les “patates” sont organisées au pied de la voie et la bouffe est montée au premier relai pour éviter qu’un ours n’y trouve son festin. En somme, y a plus qu’à…
Dimanche 6 Octobre. Tout le monde veut se reposer. On évoque de partir demain lundi. Marion, Fab et Julien, un guide de Briançon que Marion a rencontré par hasard se sentent de porter Vanessa au pied de Zodiac. La météo s’annonce pas mal sauf pour mercredi ou il y a un risque de pluie. Mais Zodiac est raide et nous serions abrités. Nico Potard nous fait part de ses réticences à y aller tant qu’il y a le “shutdown”. Pour Nico si le parc n’ouvre pas, il ne vient pas. Il s’ensuit une certaine discussion qui permet de poser les choses, de se dire ce qui n’arrivait pas à être dit. Rien de houleux, juste une discussion entre adultes qui essaient de faire au mieux. On décide alors de décaler le départ à mardi. Cela donne 24h au parc pour ouvrir ou 24h à Nico pour changer d’avis.
Cette nuit là je me réveille à 2h du mat et je refais un point sur la situation. Pendant 2h je ne trouve pas le sommeil, je relis les emails des assurances et des secours qui ne savent pas quoi nous répondre. A priori nous serions secourus en cas de besoin mais nous devrions payer une amende pour avoir été dans le parc pendant le “shutdown”. Rien de trop grave. Je reprend la météo, repense à notre stratégie et à notre vitesse de progression, refait le décompte des jours, mixte un peu tout cela et j’en viens à la conclusion qu’il faut absolument partir demain, lundi 7 octobre. Si on ne part que mardi on se trouverait dans une partie de la voie pas très bien protégée de la pluie qui est supposée tomber mercredi. Si on attend jeudi ou vendredi… on ne partira pas. Ce sera trop juste par rapport aux garçons qui doivent rentrer le mercredi suivant et l’on n’est pas sûr d’avoir un créneau météo.
8h le matin, Victor et Nico arrivent pour prendre leur petit déjeuner. Ils ne sont pas rentrés dans la chambre que je leur “tombe” dessus en leur disant qu’il faut partir aujourd’hui. Quand je repense à leurs têtes ce matin là, ils ont quand même du se demander quelle mouche m’avait piquée. Vanessa entend que je pousse pour que l’on parte aujourd’hui. Elle aussi elle pense comme moi qu’il vaut mieux partir aujourd’hui et pour les raisons que j’ai expliqué avant. Je demande à Victor et Nico si ils peuvent aller chercher Marion et Fab qui sont toujours au camping un peu plus loin que l’hôtel. Vanessa et moi on commence à se préparer comme si on partait. Trois heures plus tard personne n’est là, je suis intérieurement bouillonnante de déception et un peu de colère. Je finis par dire à Vanessa que ça ne va pas se faire. Elle me fait comprendre qu’elle sait bien… et cela me rend un peu triste. Finalement 20 minutes plus tard tout le monde est réunit dans la chambre. De nouveau j’explique pourquoi je pense qu’il faut partir maintenant. Marion est du même avis. Et elle a un argument de plus pour rassurer toute l’équipe. Avec toutes les cordes que l’on a on peut redescendre Vanessa de moitié de paroi. On peut aussi envisager un secours par le haut avec les 200m de stat qui sont au sommet. En somme il n’y a qu’une centaine de mètres ou nous ne sommes plus reliés ni au bas ni au haut en cas de pépin. On se retourne vers Nico. Il s’en tient à sa position de la veille. Pas d’ouverture du parc, pas de Nico. Petit flottement… On comprend tous sa position sans jugements. Question à Fab et au reste de l’équipe. Est-ce que c’est possible avec Marion, Vaness, Fab et moi ? Fab sans hésiter nous dit que pour lui ça joue. Mais qu’il ne veut pas partir à l’arrache aujourd’hui. Il préfèrerait partir demain. Je crois qu’il a aussi besoin de digérer que Nico ne vienne plus. Vaness et moi on insiste sur le fait que dans une heure on peut être partis, qu’on a assez de temps pour la porter et faire au moins une longueur. Marion est prête aussi. Fab acquiesce. On repense la stratégie. Ce sera le power couple Marion et Fabien qui iront devant et Vaness et moi pour finir le bal. Il reste encore pas mal d’inconnues sur notre stratégie à quatre… mais si on n’a pas la réponse là dans la chambre d’hôtel, on l’aura une fois dans l’action… Le mécanisme est enclenché !


Super Marion à l’un des 16 relais de Zodiac

Fab ou la force tranquille. Même pas une hésitation à partir dans la voie avec trois bouts de femmes…

Petit auto-portrait aux premiers rayons du matin, tout va bien….

Vanessa et son sourire, toujours présent malgré la fatigue et les jours qui commencet à s’accumuler…

En deux temps trois mouvements nous sommes prêts à partir, la voiture est chargée, Nico et Victor vont nous faire une dépose et retourner chercher Julien qui s’était proposé d’aider au portage de Vanessa. Le fauteuil de Vanessa reste seul à l’hôtel.  Six ou sept jours sans lui…. je me demande si cela ait jamais arrivé à Vanessa depuis son accident. D’un coup, cela me fait prendre conscience  de ce que l’on est en train de faire.
La montée au parc me parait longue et j’ai la boule au ventre qu’on ne nous laisse pas rentrer, qu’un “ranger” nous voit nous arrêter et prendre les sacs et Vanessa sur le dos… bref, tant qu’on n’est pas dans le voie, je me dis que tout peut arriver. Pourtant, comme pour les autres jours on dit au “ranger que l’on va à Tioga pass et nous voilà quelques minutes plus tard sur le côté de la route en train de décharger le reste du matos et organiser le portage de Vanessa. C’est Marion qui se lance. Marion en plus d’être jolie, pas bête du tout et excellente alpiniste, elle est aussi super forte et solide. Elle commence donc avec Vanessa et cela se passe super bien. Marion pourrait presque trottiner !

Dépose minute au pied d’El Cap. C’est Marion qui attaque avec le portage de Vanessa

Fabien la relaye puis ils alternent l’un l’autre dans la partie plus raide et plus pénible. Finalement Julien nous rejoint sur le haut de l’approche et finit le portage jusqu’au pied. Génial ! Ils ont mis une heure de moins que prévu et n’ont pas l’air trop entamés. Le temps est parfait, on n’a pas vu de “ranger”, tout va bien.

Julien au portage plus très loin de la base de la paroi

Rapide réorganisation des sacs et déjà Marion et Fab remontent les stats et du matos. Finalement en bas il ne reste que Nicolas Hairon notre caméraman, Vanessa et moi. Nico portera Vanessa jusqu’au pied des cordes et là c’est un moment très fort de la voir partir et s’élever. Cette fois on y est vraiment !


Hissage du portaledge et des patates dans la première longueur de Zodiac

C’est le départ pour Vanessa qui fixe son système. C’est parti pour cinq jours en paroi !

Vanessa fera deux longueurs cette après-midi là et nous nous installons dans les portaledges à R2 tandis que Marion et Fab dorment au sommet de la troisième longueur. (R3). Nico Hairon est là pour filmer mais la lumière tombe vite et ce sera pour lui un baptême de sa première nuit en paroi  plutôt que du grand cinéma… Personnellement je suis vraiment heureuse d’être là et j’éprouve même un certain soulagement. Mais tout reste à faire. On s’est embarqués dans une sacrée mission. Avec quelques inconnues et pas mal de difficultés. Je doute même d’arriver à hisser les sacs sur les deux prochains jours tellement c’est physique. Mais en même temps je suis remplie d’excitation et d’envie de voir ce que le lendemain nous apportera.

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Sourires et joie pour notre première nuit en portaledge avec Vanessa. Plus tard, au cours de l’ascension, Marion et Fab nous appelleront les “piailleuses” tellement ils nous entendaient rigoler et “piailler” depuis leur portaledge une longueur au-dessus.

Le jour se lève, nous sommes mardi 8 il fait toujours aussi beau. La mise en route se fait doucement. Faire chauffer l’eau, remplir les poches d’eau pour la journée, prendre les vivres. Plier le matos, les thermarest, les duvets. Aider Vanessa pour enfiler la sellette. Tout prend son temps et l’on ne fait qu’une chose à la fois. Calmement pour ne pas avoir à recommencer ou perdre de l’énergie. “Slow is fast”. Se soulever sur un portaledge n’a rien à voir avec se soulever sur son fauteuil ou son lit. Vanessa s’adapte hyper vite, je trouve même qu’elle s’adapte plus vite que moi…
Et puis la dance commence. Plutôt cool puisque l’on a encore 4 longueurs fixées devant nous. Cela nous permet de régler notre séquence : Marion et Fab seront toujours une longueur au-dessus. Le premier grimpe. Le second l’assure et fait monter la dyneema qui tire une partie du système qui permet à Vanessa de progresser. Il faut qu’il y ait toujours une personne sur le portaledge du haut pour faire liaison et aider Vanessa à monter dessus à son arrivée en haut de chaque longueur. On grimpera avec les portaledges ouverts histoire de ne pas avoir à les plier ni les ouvrir à chaque relais. Une fois que Vanessa est arrivée à la longueur suivante, celui ou celle qui fait liaison doit mettre les sacs en tension sur la protraxion pour que je puisse les libérer. On se fait passer le matériel et les bouts de cordes à monter avec d’autres cordes. Il faut juste respecter la séquence. Après Vanessa c’est moi qui monte et qui hisse notre matériel. Dans l’idéal il faut arriver à faire passer le portaledge du bas à Marion et Fab le plus vite possible pour que Vanessa puisse repartir. Des fois c’est possible pour moi de monter avec le ledge, des fois cela doit attendre la fin du hissage. Quand Vanessa arrive sur le portaledge du haut en général soit Marion soit Fab est en train de faire la longueur suivante pour installer la corde fixe de Vanessa. Quand tout est prêt Vanessa repart et ainsi de suite. J’espère que vous avez suivit la séquence, c’est compliqué à expliquer…

Vanessa quitte le portaledge et file vers la longueur suivante. Une de plus une de moins…

A la fin de cette deuxième journée Fab et Marion sont à R8 et ils ont fixé la neuvième longueur (enfin presque… Marion s’est faite piéger par la nuit dans une longueur teigneuse, elle est redescendue à un peu plus de la moitié). Vanessa et moi sommes à R7. On bataille pour installer le fly, la tente qui nous protège de la pluie sur le portaledge. Ils ont annoncé de la pluie sur le coup du matin et je préfère anticiper l’histoire. J’ai du mal à ajuster le portaledge comme je voudrais, un angle est posé sur un bout de marche et j’ai pas la force pour le soulever avec Vanessa dessus. Vanessa se met sur un bout de marche pour alléger le portaledge et déjà rien que cela c’est une mission qui prend du temps et des forces. Finalement après plusieurs essais c’est bon on arrive à un truc acceptable. Mais ce ne sera pas une bonne nuit. Le ledge penche quand même et je sens bien que cela demande à Vanessa beaucoup d’effort de bouger sur cette plateforme un peu en pente…
Mercredi 9. Le jour où il est sensé pleuvoir…. Et en effet il pleut. Nous somme pile dans les longueurs les plus raides, donc les mieux abritées. Tant mieux car si on ne reçoit pas de gouttes, il n’en est pas de même pour le reste de la paroi. A droite de nous on voit une magnifique cascade se former très rapidement… Il fait frais aussi. On ne quittera pas la doudoune de la journée. Marion qui est partie light sortira même le duvet pour assurer Fabien dans une longueur qui lui prend du temps. Et heureusement qu’elle lui prend du temps… En une minute et un coup de vent voilà la corde de hissage qui s’est toute entortillée avec la corde de progression de Vanessa. Mais quand je dis tout entortillée c’est même pire que cela. En plus on a fait l’erreur de partir avec deux cordes jaunes identiques ce qui ne facilite pas la tâche au démêlage. Comme pour le reste il faut rester calme et après deux heures de patience pendue dans le harnais j’arrive enfin à libérer les 2 cordes l’une de l’autre. Cela tombe bien, Fab a finit sa longueur, il est temps de lui faire passer le portaledge. Ce jour là nous ne ferons que deux longueurs. Nous sommes à R9 (Vaness-Liv)  et R10 (Marion-Fab).

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Jeudi 10. Il fait bien frais et pour cause, il a neigé au sommet de half-dome. Mais le soleil va vite venir réchauffer la face. Les rituels du matin sont finis, Vanessa a remis sa sellette et est prête à partir. Elle n’est pas fatiguée physiquement des longueurs qu’elle fait. En fait Vanessa randonne chaque montée de corde, on voit qu’elle a la marge et que ses heures à s’entraîner se concrétisent ici. C’est plus les efforts autour qui demandent de l’energie. Se mettre sur le portaledge à chaque relais. Se mettre dans le duvet, glisser le matelas dessous son corps, aller au bord du portaledge pour les toilettes, etc etc…  Mais comme je l’ai dit plus haut, il faut faire une chose après l’autre, calmement.
Marion et Fab se mettent aussi en route avec des longueurs pas faciles du tout à venir. Ils ne sont pas souvent tombés dans la voie, mais ils se sont mis quelques jolis vols. Marion n’est pas passée loin de vraiment se faire mal en finissant son vol non pas dans le vide mais sur une mini tour qui ressortait. Heureusement cela n’a pas tapé trop trop fort.  Fabien s’est bien battu dans la longueur dure du Nipple. Finalement malgré des longueurs qui demandent du temps, des thermiques qui nous emmêlent sacs de hissage et corde de progression nous arrivons à R12 et R13.

Ambiance du soir dans Zodiac

Plus que quatre longueurs et nous serons au sommet… Nous sommes le vendredi 11, cela fait cinq jours que nous sommes partis, quatre nuits que nous dormons en paroi. Je n’ai pas vu les jours passer. Vanessa non plus. Y a juste que ce matin j’échangerai bien ma place avec un peu de grimpe devant, même si c’est pour tirer sur du matos. Mais bon on perdrait du temps à faire la manip pour que je monte et que soit Fabien ou Marion descendent avec Vaness. Et puis après quatre jours la mécanique est bien rôdée et chacun dans son rôle est efficace. Au fond ce ne sont que quatre longueurs de plus… On sent que c’est pas loin d’être la fin mais l’on ne se relâche pas pour autant. Dès le début rien n’a été facile et l’on n’est pas du tout assurés de faire les quatre longueurs dans la journée. Nico Potard, Victor et Nico Hairon ont fait le tour par derrière pour nous rejoindre au sommet. Nico Hairon peut ainsi filmer quelques images car honnêtement, nous on n’a pas trop eu le temps….
Tout va assez rapidement malgré les thermiques qui font voler les portaledges et que je finis par plier. Il y a une vire ou Vanessa pourra s’assoir puis l’on compte bien faire les deux dernières longueurs en une. Pour Vanessa ce seront sans doute les deux longueurs les plus difficiles car les moins raides. Elle frottera un peu sur le rocher ce qui n’est pas idéal mais comme pour le reste de l’ascension, elle s’en sort super bien malgré des trucs improbables qui arrivent encore mais trop compliqués à expliquer.

Vanessa au quatrième jour de grimpe. On commence à se rapprocher du sommet...Vanessa au quatrième jour de grimpe. On commence à se rapprocher du sommet…

A 17h on est enfin tous au sommet. La joie est immense, on est vraiment contents d’avoir réussi notre entreprise. Rien n’a jamais été facile. On a dû sans arrêt faire face à des choses que l’on n’avait pas imaginées et qui se sont produites. Et pourtant tout s’est bien passé, simplement, posément. On s’est adaptés comme Vanessa s’adapte à tout.
Jusque là j’ai relaté les faits, le déroulé, façon rédaction du lycée. Mais la seule chose qu’il y a à retenir, c’est cette énergie magique qu’il y a eu entre nous. On a réussi parce qu’il y avait un vrai esprit d’équipe. On sentait que chacun était prêt à donner pour aider l’autre. On sentait que l’on était tous les quatre sur une même longueur d’onde, avec le même état d’esprit tourné vers la réussite commune du projet. On a partagé et vécu quelque chose d’humainement incroyable. Avec comme moteur principal Vanessa.
Ces moments où l’on vit des choses “hors normes”, (pas besoin d’être dans la perf pour vivre du “hors normes”) transforme une partie de soi-même. Je n’étais plus tout à fait la même au sommet de Zodiac que celle qui quittait le sol cinq jours auparavant. J’espère que pour Vanessa aussi, une partie d’elle a été transformée.
J’ai aussi envie de nous dire merci. Merci d’y avoir cru. Il fallait un peu d’audace et beaucoup de courage pour faire un truc pareil et on l’a fait. Merci à Vanessa pour sa volonté et son rêve, à Marion pour sa solidité physique et morale à toute épreuve, à Fab pour ne pas avoir hésité une seule seconde de s’embarquer avec trois nanas. Merci aux Nico et Victor pour leur aide logistique et leur présence. A Julien et Julia, Mika et Cyril, à Niels pour leur aide au portage. Merci à vous qui avez soutenu Vanessa, aux sponsors et donateurs qui ont rendu ce rêve possible.

Toute l’équipe réunie : Fabien, Marion, Liv, Victor, Vanessa et Nico Potard

Et bien sûr notre caméraman de choc Nicolas Hairon ;)

Doigts version saucisses Herta pour Marion et moi tellement on a dû forcer sur les hissages. Impossible de fermer ni d’ouvrir les mains pendant deux jours…

IMG_5755Coucher de soleil sur Half-Dome depuis notre bivouac au sommet de Zodiac

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Samedi 12 : la longue et fastidieuse descente… Heureusement Victor nous a trouvé Niels pour porter Vanessa sur une grosse partie de la descente. Mika et Cyril sont aussi venus prêter main forte, sympa !

Suivez Vanessa sur son site web, faites un don à son association Vaness en mouv !
Notre aventure sur notre page facebook El Cap à bout de bras
D’autres photos sur instagram : http://instagram.com/livsansoz
Et aussi Altitude films

6 thoughts on “El Cap à bout de Bras

  1. bravo à toute votre équipe. c’ est humainement beau. agréable à lire.
    merci à toi, liv de nous rapporter ce grand moment de vies partagées .(ça fait longtemps que l’ on a pas grimpé ensemble. lol. biz d’ hubert dans le pays d’ Aix)

  2. Que dire de plus!! super, félicitation……cela me rappelle un peu l’histoire d’un copain qui après un accident de snow…….maintenant il participe(N Loussalez) aux JO d’ hiver handisport.
    “Fais de ta vie un rêve, et de ton rêve une réalité” telle est ma devise, la tienne ne doit pas être loin de celle là….
    Amitiés montagnardes Fabien

  3. Fier d’avoir suivi cette aventure! Fier d’avoir Liv comme maraine de notre club d’escalade. Un grand bravo à toute l’équipe, et à tous les volontaires qui ont participé et aidé aux portages. La solidarité est encore présente en montagne.
    Chacun vise des sommets différents. Pour moi l’important n’est pas le but à atteindre à tout prix, mais la façon dont on l’atteint. Avec envie, humanité, respect.
    Que d’émotions en lisant ce récit. Bises, bises, bises,…. à toute l’équipe.

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